Copenhague: Un débat organisé par le Projet Aladin sur l'avenir du vivre ensemble en Europe


Copenhague:  Un  débat organisé  par le Projet Aladin sur l'avenir du vivre ensemble en Europe

 

De Gauche à droite : Lise Bach Hansen, directrice des débats à la Bibliothèque royale de Copenhague ; S. Exc. François Zimeray,  Ambassadeur de France au Danemark ; Leah Pisar, présidente du Projet Aladin et Sara Omar, écrivaine et  militante des droits de l'homme danoise, d'origine kurde.

 

L'Ambassade de France à Copenhague a accueilli des parlementaires, chefs religieux, universitaires, journalistes et militants de la société civile pour débattre sur les défis du «vivre ensemble» en Europe avec une délégation du Projet Aladin, présidée par Dr. Leah Pisar.

François Zimeray, l'Ambassadeur de France à Copenhague, a ouvert la réunion en rappelant sa participation aux deux premières initiatives du Projet Aladin. En janvier 2010, il s'était rendu à Bagdad en compagnie du chasseur de nazis, Serge Klarsfeld pour parler à un groupe de politiciens irakiens, d'universitaires et de journalistes. Il a affirmé que l'enthousiasme et l'engagement actif des Irakiens dans le débat sur l'histoire des Juifs irakiens l'ont surpris. En 2011, l’Ambassadeur Zimeray avait représenté le président français aux côtés de 200 dirigeants politiques, religieux et militants de la société civile lors d'une visite historique organisée par le Projet Aladin au camp d'extermination nazi d'Auschwitz- Birkenau.

« Le Projet Aladin est né du principe que les leçons de l'Holocauste n'appartiennent ni aux Juifs ni aux Européens, mais à toute l'humanité", a déclaré François Zimeray. « Aujourd'hui, cette organisation propose de nouvelles solutions contre l'extrémisme et la xénophobie en Europe, sur la base de son expérience réussie dans d'autres parties du monde. C'est pourquoi, j'ai pensé qu'il serait important d'avoir ce débat à Copenhague. », a-t-il ajouté.

 

Dr. Leah Pisar a évoqué les récentes et terribles scènes de xénophobie et de cruauté dans le traitement des migrants des deux côtés de l'Atlantique, et a affirmé, comme Monsieur l'Ambassadeur, que le monde n'a pas tiré les leçons de l'Holocauste. Elle a cité les mots poignants de son défunt père, Samuel Pisar, l'un des plus jeunes survivants de l'Holocauste, prononcés lors de son discours devant les dirigeants musulmans à Auschwitz en 2011 :« Si ceux qui ont péri ici pouvaient se faire entendre, ils ne manqueraient pas de vous clamer, plus jamais!  Plus jamais de guerres dévastatrices entre ennemis héréditaires : Français et Allemands, Chinois et Japonais, Indiens et Pakistanais, Arabes et Juifs. Plus jamais d'extermination de masse ou de nettoyage ethnique et religieux par des tyrans génocidaires. Plus jamais ! »

Alors que les tensions religieuses et ethniques continuent de monter en Europe,la présidente du Projet Aladin a souligné la nécessité de la mise en œuvre de politiques coordonnées pour protéger l'avenir du «vivre ensemble».

Bakhtiar Amin, ancien ministre irakien des droits de l'homme et membre du conseil d'administration du Projet Aladin, a souligné l’importance du dialogue  en se basant sur la situation au Moyen-Orient. Il a également affirmé la nécessité d'un plus grand dialogue entre les composantes de chaque culture et de chaque religion. « Nous ne pouvons vaincre l'extrémisme sans une coopération active entre nos cultures au Moyen-Orient et en Europe, car notre extrémisme alimente votre extrémisme et le vôtre nourrit notre extrémisme", a-t-il conclu.

Le public a entendu également les différents points de vue sur le dialogue interculturel et la cohésion sociale des chefs religieux parmi lesquels : Le Grand Rabbin du Danemark, Jair Melchior ;  Mads Christoffersen, directeur général du Conseil National des Eglises du Danemark ; Naveed Baigh, éminent spécialiste de l'islam au Danemark, et Sherin Khankan, la première femme imam du Danemark.

Mads Christoffersen a noté que le dialogue interconfessionnel renforce la coopération entre les différentes religions pour combattre toutes les formes d'extrémisme, y compris la laïcité extrême. Il a dénoncé la pression exercée par le Parlement pour interdire la circoncision et a exhorté les Danois à rester une société tolérante, respectueuse des pratiques et des valeurs de différentes cultures.


Dans la deuxième partie de cette réunion, le directeur exécutif du Projet Aladin, Abe Radkin, a animé une table ronde sur la situation actuelle et l'avenir des relations interculturelles en Europe.

Laurent Bouvet, membre du Conseil national français de la laïcité et membre du groupe d'experts de la DILCRAH, a décrit la situation en France, un pays considéré comme un exemple de la laïcité avec une loi de 1905 garantissant la liberté de conscience, en donnant aux citoyens le « droit de se convertir ou de changer de religion. » La même loi exige de l'État qu'il maintienne sa neutralité sur la religion et qu'il assure la non-ingérence de la religion dans la vie des citoyens. Le problème central de la France n'est pas l'immigration, a ajouté Bouvet, mais l'intégration. Le fait que les terroristes qui ont tué plus de 300 victimes en France depuis 2015 étaient tous des citoyens français et avaient suivi le système éducatif républicain, a ébranlé la conviction de la France sur la capacité de la république à assimiler tous les citoyens indépendamment de leurs origines.

Le professeur Brian Arly Jacobsen de l'Université de Copenhague, spécialiste des mouvements radicaux et de la radicalisation au Danemark,  a affirmé que la marginalisation des musulmans, en particulier à la suite des attentats du 11 septembre 2001, avait contribué à la montée de l'extrémisme parmi les jeunes. Il a souligné l’importance des facteurs sociaux et économiques dans le traitement de l'extrémisme parmi les musulmans européens.

Le professeur Niels Valdemar Vinding, spécialiste de l'Islam et du Moyen-Orient à l'Université de Copenhague, a noté que ces dernières années le populisme et les défis islamiques en Europe étaient devenus des problèmes déterminants. Il est important, a-t-il dit, de comprendre les questions que se posent les populistes : qu'est-ce qui a mal tourné ? Qui doit-on blâmer ? Que peut-on faire pour arranger la situation ? Il a ajouté que la religion faisait partie de ces trois questions et soulevait encore davantage de questions telles que les limites de la liberté d'expression, la légitimité de la séparation de la sphère publique et de la sphère privée concernant la laïcité et la relation entre la religion et l'identité nationale.

Naveed Baigh et Sherin Khankan ont tous les deux souligné la nécessité pour les musulmans européens de montrer que l'Islam est pleinement compatible avec les valeurs européennes et universelles telles que le respect des droits des femmes et de la liberté de parole ainsi que le rejet de l'antisémitisme et de l'homophobie. Naveed Baigh a insisté sur la nécessité de contextualiser les textes sacrés et a noté que les musulmans européens peuvent apprendre de l'expérience des Juifs européens.

En conclusion, Abe Radkin a demandé au public de partager avec le Projet Aladin leurs avis sur la question du « vivre ensemble » en Europe. Il a indiqué que le Projet Aladin organiserait des réunions similaires dans plusieurs capitales européennes avant le premier Forum mondial de la jeunesse pour l’avenir du vivre-ensemble en Europe à Berlin l'année prochaine.