Entretien avec Michael Skakun, auteur du livre «Vivre et c'est tout»
Entretien avec Michael Skakun, auteur du livre « Vivre et c'est tout »
Dans ce livre, Michael Skakun raconte l’histoire de son père, Joseph, un étudiant rabbinique du village de Navaredok situé dans le nord de la Pologne. En 1941, alors que l’armée allemande approchait de son village, Joseph a essayé de sauver la vie de sa mère en la cachant mais les nazis l'ont trouvée. Alors, Joseph s’est enfui dans la foret et s’est rendu à Vilna. Là bas, Stefan Osmanov, un Tatar musulman qui le connaissait lui a donné un acte de naissance. C’est ainsi qu’il a adopté une identité musulmane. Il a dû apprendre les rudiments de l’Islam, et puisque les musulmans étaient eux aussi circoncis, il s’est trouvé dans le groupe des gens sélectionnés pour le travail forcé à Berlin.
Michael Skakun répond à nos questions.
Q : Dans le livre, vous écrivez « l’Islam était pour mon père plus précieux que toutes les richesses du monde ». En quoi l’Islam était il si important pour la survie de votre père durant la Seconde Guerre Mondiale ?
R : Le rite de la circoncision, commun aux deux religions, a permis à mon père qui était un jeune étudiant rabbinique polonais d’adopter l’Islam comme un moyen de survie à une période où tout tendait à le détruire. Dans la Bible, Abraham a circoncis Isaac et Ismaël, unissant ainsi les deux frères et leurs descendants à travers le temps par un même rite. Plus mon père devenait familier avec l’Islam, plus il respectait cette religion.
Q : Sur quels points communs entre Juifs et musulmans s’est appuyé Joseph Skasun pour survivre à une guerre d’annihilation ?
R : Il s’est appuyé sur la foi monothéiste, sur la croyance que la vie doit poursuivre un but, sur le rôle central de la prière et de la charité. La place que la mémoire prend dans les deux religions a été aussi déterminante.
Q : Quelles étaient les relations qu’entretenaient les Polonais Juifs et musulmans durant l’entre deux guerre ; et comment celles-ci ont-elles modelé le contexte social de Joseph Skakun ?
R : Les Tatars et les Juifs Polonais vécurent dans un climat amical durant des siècles. Les échanges commerciaux étaient fréquents. Sur la place du marché de Novogrudek, lieu de naissance de Joseph Skakun, les musulmans échangeaient avec leurs concitoyens Juifs, et certains parlaient même yiddish. Chacune des deux communautés honoraient les spécificités et le caractère unique des traditions de l’autre. Le jeune étudiant rabbinique avait appris à admirer les rites des musulmans, tout particulièrement le sentiment de respect profond que ceux-ci exprimaient pendant l’enterrement de leurs morts.
Q : Quel rôle jouait les musulmans dans l’imaginaire collectif des Juifs Polonais ?
R : Etant eux aussi une minorité religieuse, ils étaient pour les Juifs un miroir dans lequel se reflétait leur image.
Q : Que nous apprend ce récit initiatique sur les liens positifs qui unissent les trois religions abrahamiques?
R : La religion enrichit l’esprit, elle accroit la résistance. Elle permet aux cultures de s’enrichir les une les autres. Si Joseph Skakun n’avait pas su s’inspirer des religions juive, chrétienne et musulmane, il n’aurait pas survécu. Les principes fondamentaux que partagent ces trois cultures ont été pour lui la source de sa résistance, ce qui lui a permis de survivre au plus terrible chapitre de l’histoire moderne.


