«L’antisémitisme comme symptôme d’un engrenage menaçant la démocratie»


31/10/2018

La tuerie perpétrée dans la synagogue de Pittsburg, aux Etats-Unis, rappelle que l’antisémitisme porté par l’extrémisme identitaire nationaliste ou religieux est historiquement un « avertisseur d’incendie » pour le corps social, souligne dans une tribune au « Monde » Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation du camp des Milles.

L’horreur de Pittsburgh est un nouveau rugissement de la « bête immonde » de Brecht, aujourd’hui bien réveillée. C’est en cela que cette tuerie par un extrémiste de droite était malheureusement prévisible dans le contexte américain actuel de peurs et de crispations identitaires. Car, comme l’Europe, l’Amérique est de plus en plus confrontée aux conséquences de ces crispations et de l’engrenage mortifère qu’elles alimentent. Et ce massacre illustre, sans grande surprise, deux grands enseignements de l’expérience historique.

En premier lieu, c’est par un engrenage, nourri par un extrémisme identitaire, qu’une société peut accoucher des pires crimes, étape par étape, de l’exclusion mentale à l’exclusion sociale voire légale et jusqu’à la violence de masse. Au milieu de ce processus, les dérives verbales xénophobes, racistes ou antisémites de certains hommes politiques, au pouvoir ou pas, libèrent d’abord la parole des extrémistes puis leurs actes. On l’a vu aussi après l’élection de Trump (avec une augmentation de 57 % des actes antisémites entre 2016 et 2017), comme au Brésil durant une campagne d’une rare violence annonçant des lendemains qui déchantent et qui tuent.

La résistance à cet engrenage mortifère est possible et peut être efficace à deux conditions.

Il faut d’abord que le discours et l’action politiques ne jouent pas sur les peurs et le rejet de l’autre. En France, les présidents et les gouvernements y ont veillé ces dernières années, dans les discours officiels comme par les mesures prises en particulier dans les plans de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, mis en œuvre grâce à l’outil souple et efficace que constitue la Dilcrah [délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT] en soutien aux actions des acteurs de terrain.