40 Questions, 40 Réponses

» 40 Questions 40 Réponses » La Shoah et le conflict israélo-arabe


 

36Les juifs ont-ils utilisé la Shoah pour obtenir la création d'Israël ?

Ce serait une erreur de croire que l'Etat juif doit son existence à Hitler. Le nationalisme juif ou Sionisme, avait vu le jour plus d'un demi-siècle avant que les juifs d'Europe ne soient exterminés. Toutes les institutions nécessaires à un Etat juif étaient déjà en place en Palestine lors de la montée au pouvoir d'Hitler en 1933, et lorsque la partition de la Palestine fut proposée en 1936. Israël n'est donc pas le résultat direct de la Shoah.

Lorsque l'on lit les délibérations des Nations Unies et de ses divers organismes en 1947-1948, il est difficile de trouver la moindre preuve démontrant que la Shoah ait joué un rôle décisif ou même significatif. Même s'il est vrai que la Shoah a accéléré l'acceptation de la légitimité d'une patrie juive aux yeux du monde. Mais il n'y a pas de relation de cause à effet entre la Shoah et Israël.

 

37Le fait de parler de la Shoah ne profite-t-il pas à Israël ?

Non. La Shoah n'est pas un problème israélien et, de plus, le négationnisme de certains musulmans ne s'est pas avéré être d'une grande utilité pour la cause palestinienne. Quelle que soit la position politique que nous adoptons vis-à-vis de l'Etat d'Israël et de la politique menée par le gouvernement israélien, les preuves historiques de l'existence de la Shoah demeurent avérées. Rien ne peut justifier moralement le négationnisme ou le fait de minimiser le génocide du peuple juif. Reconnaître la Shoah n'entraîne pas le désaveu des droits des Palestiniens, pas plus que cela ne renforce leur arguments.

 

38Pourquoi ne peut-on comparer le conflict israélo-palestinien à la Shoah ?

Le conflit entre Israël et les Palestiniens n'est pas racial mais national; il est politique et territorial. C'est une lutte entre deux peuples pour une petite terre. Au cours des décennies cette lutte a oscillé entre violence et tentatives de négocier une solution. En l'absence d'un accord de paix, la violence continue à tourmenter Arabes et juifs et les difficultés des Palestiniens perdurent.
Et, surtout, c'est l'idéologie raciale nazie qui a provoqué le meurtre des juifs. Selon cette idéologie les juifs appartenaient à une race malfaisante dont l'existence même présentait un danger pour l'Allemagne et toutes les civilisations humaines. La campagne nazie contre les juifs n'avait pas pour objet d'obtenir des juifs des gains tangibles, comme des terres ou d'autres richesses. Son but était de débarrasser le monde de l'influence soi-disant pernicieuse des juifs.
La Shoah est issue de l'idéologie raciale nazie et les nazis ont essayé de mettre tous les juifs à mort. Au cours de la Shoah une nation souveraine a exploité tous ses appareils d'Etat pour massacrer systématiquement un peuple donné.
Les nazis ont systématiquement assassiné des juifs par balles, par gaz dans des chambres à gaz conçues spécialement dans ce but dans les camps d'extermination. Sous les nazis, dans les ghettos, les camps et les installations où travaillait une main d'oeuvre esclave, des centaines de milliers de juifs furent également mis brutalement au travail jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le résultat en a été le meurtre de près de 6 millions de juifs.
Aussi tragique le conflit israélo-palestinien puisse-t-il être, il ne peut être comparé à la Shoah. Utiliser des termes pris dans l'histoire de la Shoah pour décrire la situation au Moyen-Orient brouille les événements et leurs conséquences plus qu'ils ne les clarifient.

 

39Pourquoi les Palestiniens, qui n'ont rien à voir avec la Shoah, devraient-ils en payer le prix ?

La question de la Shoah, en tant que catastrophe humaine, doit être séparée de la création de l'Etat d'Israël et, plus particulièrement de la politique israélienne.
Les coeurs et les esprits des Palestiniens et des Israéliens portent le poids d'histoires sacrées, de traditions douloureuses, et de superstitions entretenues vis-à-vis les uns des autres. La manière dont musulmans et arabes voient l'histoire juive, tout comme la manière dont les juifs voient l'histoire musulmane et arabe est emplie de malveillance et de mythes. A un point tel qu'il est difficile à chacun d'entre eux de voir la souffrance de l'autre, que ce soit la souffrance qu'il y a de nos jours ou celle qu'il y a eu au cours de l'histoire.
La manière dont musulmans et arabes voient l'histoire juive, tout comme la manière dont les juifs voient l'histoire musulmane et arabe est emplie de malveillance et de mythes.

Il y va de la responsabilité des intellectuels des deux côtés de cette division de tenter de corriger malveillance et mythes dans les deux communautés. Les intellectuels musulmans doivent être assez courageux pour déclarer que dire que les juifs sont comme les nazis et que dessiner une Etoile de David - comme symbole juif- en en faisant l'équivalent d'une Swastika nazie, est non seulement absurde mais c'est aussi l'affront ultime fait aux victimes de la Shoah et leurs familles car cela revient à comparer les victimes à leurs bourreaux.

Les intellectuels juifs ont aussi le devoir d'effacer mythes et malveillance qui brouillent l'opinion qu'ont leurs frères juifs des Palestiniens et de leurs aspirations légitimes.
Et, plus important encore, la question de la Shoah doit être tenue à l'écart des disputes politiques. Même si la Shoah a joué un rôle décisif dans la création d'Israël, même si les Arabes n'ont joué aucun rôle dans la tragédie qui est arrivée au peuple juif, il serait moralement inadmissible que les musulmans nient la Shoah ou considèrent que reconnaître qu'elle a eu lieu serait apporter un soutien à Israël ou trahir les droits des Palestiniens.

 

40Pourquoi parle-t-on tant de la Shoah ?

La Shoah n'est pas uniquement le fait de se souvenir et d'honorer les victimes du nazisme. C'est un avertissement quant à ce qui peut se produire lorsque des dirigeants d'un pays sont motivés par la haine et utilisent cette haine pour apporter des réponses simplistes aux problèmes de leur pays en rendant un groupe de personnes données responsables de ces problèmes, se fondant sur une division religieuse ou ethnique. Bien que ceux qui sont prêts à utiliser leur haine pour atteindre leurs buts soient peu nombreux, si personne ne s'oppose à eux, ils semblent alors être majoritaires. S'il y a une chose que nous devons apprendre de ce qu'a été la Shoah, c'est que le silence est le pire ennemi de la justice. Si nous devons tirer les leçons des erreurs du passé, nous ne pouvons pas rejeter la Shoah sous pretexte qu'elle appartient à l'histoire et nous devons prendre à coeur ce qu'elle nous enseigne.
Les musulmans et les peuples de toutes fois religieuses, ou qui n'ont pas de foi particulière, devraient étudier les causes et les conséquences de la Shoah, notamment les moyens rhétoriques utilisés par les dirigeants politiques, les éditorialistes et les commentateurs au cours des décennies qui l'ont précédée. Et nous devons toujours nous souvenir que la Shoah n'a pas commencé à Auschwitz ou dans les ghettos. Elle a commencé longtemps auparavant dans les coeurs de ceux qui gardaient le silence et permirent à une haine née de l'ignorance de se développer.