L’édition 2026 de l’Université Internationale pour le Leadership Interculturel (IUIL) s’est tenue à l’Université de Bâle, en Suisse. Organisé par le Projet Aladin en partenariat avec l’Université de Bâle et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), avec le soutien du Département fédéral des Affaires étrangères de la Confédération suisse, le programme a réuni des étudiants issus d’universités partenaires en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique autour du thème : « Discours de haine, antisémitisme et racisme à l’ère de la désinformation amplifiée par l’intelligence artificielle ».
Cette année, les étudiants étaient de nationalités britannique, camerounaise, colombienne, égyptienne, émirienne, éthiopienne, française, allemande, iranienne, israélienne, italienne, roumaine et suisse, reflétant une grande diversité de cultures et de religions. Compte tenu de la guerre au Moyen-Orient et des fortes tensions géopolitiques qui ont marqué l’année, les organisateurs ont décidé de réduire le nombre de participants par rapport aux soixante-cinq étudiants habituellement accueillis.
Les participants ont exploré les effets de l’intelligence artificielle sur le débat démocratique, l’administration publique et l’enseignement supérieur. Les sessions ont notamment porté sur la gouvernance de l’IA, la transparence algorithmique, les discours de haine en ligne, la guerre de l’information, l’éthique, les droits de l’enfant dans les environnements numériques, la gouvernance environnementale et le rôle des universités dans la préparation des futurs leaders aux mutations technologiques rapides de nos sociétés.
Le programme académique a réuni des universitaires et des experts issus d’universités de premier plan, d’organisations internationales et du monde du journalisme. Le Professeur Gerd Kortemeyer, membre du Rectorat de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et chercheur associé à son AI Center, a analysé la manière dont l’intelligence artificielle transforme l’apprentissage, l’évaluation et la production des connaissances dans l’enseignement supérieur. Le Professeur Roland Bouffanais, de l’Université de Genève, a initié les étudiants à la diplomatie computationnelle et aux dynamiques de l’intelligence collective. La Docteure Eva Thelisson, fondatrice et directrice de l’AI Transparency Institute, a abordé les questions de transparence, de confiance institutionnelle et de résilience démocratique à l’ère de l’intelligence artificielle. Le Docteur Ricardo Chavarriaga, responsable de l’innovation en intelligence artificielle à la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW), a présenté les approches permettant de concilier performance technologique et responsabilité éthique dans le développement des systèmes d’IA.
La Professeure Tali Gal, de l’Université hébraïque de Jérusalem, s’est penchée sur les droits de l’enfant et la justice transitoire à l’ère numérique. La Professeure Nidhi Nagabhatla, de l’Université des Nations Unies, a étudié les liens entre intelligence artificielle, durabilité environnementale et gouvernance mondiale. La Docteure Aurore Schwab, du Global Studies Institute de l’Université de Genève, a analysé le rôle des récits médiatiques dans la formation des perceptions des affaires internationales, tant dans les médias traditionnels que dans les espaces numériques. Yves Kugelmann, éditeur et journaliste, s’est intéressé aux effets de la désinformation, de l’antisémitisme et des récits complotistes sur les sociétés démocratiques.
Enfin, Renaud Girard, Grand Reporter au Figaro, analyste géopolitique pour LCI et professeur à Sciences Po Paris, s’est appuyé sur plusieurs décennies d’expérience comme grand reporter dans les zones de conflit pour montrer comment la méconnaissance de l’histoire, la guerre de l’information et la diffusion toujours plus rapide de la désinformation en ligne fragilisent le débat démocratique et influencent l’opinion publique. Son intervention a suscité des échanges particulièrement nourris avec les étudiants, qui l’ont notamment interrogé sur le rôle des réseaux sociaux et des nouvelles formes de journalisme dans la formation de l’opinion publique lors des crises internationales.

Professeur Roland Bouffanais

Professeur Tali Gal

Renaud Girard

Dr Ricardo Chavarriaga
L’Ambassadeur Wolfgang Amadeus Brülhart, Envoyé spécial de la Suisse pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au sein du Département fédéral des Affaires étrangères, a accepté de participer à une séance d’échanges spécialement consacrée aux étudiants. Ceux-ci l’ont interrogé sur le rôle de médiateur de la Suisse, le dialogue diplomatique au Moyen-Orient et les difficultés concrètes liées à la prévention des conflits.
En travaillant ensemble, en partageant leur quotidien, les participants ont noué des liens, multipliant ainsi les occasions d’échanger de manière informelle en dehors des salles de cours. Les repas sont rapidement devenus le prolongement des discussions académiques, les conversations se poursuivant bien après la fin des conférences. Ces moments de convivialité ont été complétés par plusieurs activités organisées à l’initiative des étudiants eux-mêmes, notamment des baignades dans le Rhin, l’une des traditions estivales les plus emblématiques de Bâle, ainsi que par la découverte de plusieurs institutions culturelles de la ville, dont le Kunstmuseum Basel, l’un des plus anciens musées d’art au monde. De nombreux participants ont souligné que ces moments de rencontres et de découvertes avaient été tout aussi précieux que les cours pour mieux comprendre les différentes perspectives culturelles de leurs camarades.
Cette édition de Bâle figure parmi les plus fructueuses de ces dernières années. La capacité des étudiants à constituer des groupes de travail et de recherche réunissant des participants de différents pays s’est révélée particulièrement encourageante. Des étudiants iraniens, israéliens et arabes ont ainsi pu échanger dans un climat amical, tout en exprimant des opinions différentes, voire opposées, sur les conflits politiques contemporains. « Tout au long du programme, on pouvait véritablement ressentir l’esprit du Projet Aladin : apprendre à se connaître et se respecter mutuellement », a souligné Jules Thomas, coordinateur du programme.




Le programme s’est achevé par une cérémonie de remise des diplômes, au cours de laquelle le Professeur Maurus Reinkowski, de l’Université de Bâle, a remis aux participants leur diplôme de Jeunes Ambassadeurs du Dialogue Interculturel. Cette distinction atteste de l’accomplissement du programme et encourage les participants à poursuivre leur engagement en faveur du dialogue, de l’esprit critique et de la compréhension mutuelle au sein de leurs communautés universitaires, professionnelles et civiques.

Les témoignages recueillis auprès des participants ont également montré que l’impact du programme dépassait largement son seul contenu académique. Nombre d’entre eux ont souligné l’importance de pouvoir aborder des questions complexes et parfois sensibles avec des étudiants issus d’horizons culturels, religieux et nationaux différents, dans un climat de respect mutuel.
Comme l’a expliqué une participante du Geneva Graduate Institute : « Je m’attendais à approfondir mes connaissances sur l’intelligence artificielle. Ce qui m’a le plus surprise, c’est tout ce que j’ai appris sur la manière dont des personnes de différents pays abordent les mêmes défis mondiaux, et à quel point il est nécessaire que nous cherchions ensemble des solutions à ces enjeux. »
Un autre étudiant, de Sciences Po Paris, a souligné : « Les conférences étaient exigeantes sur le plan intellectuel, mais les conversations qui se poursuivaient ensuite étaient tout aussi précieuses. Elles m’ont amené à remettre en question des acquis que je n’avais jamais véritablement creusés auparavant. »
De nombreux étudiants ont enfin exprimé leur volonté de rester en contact et de continuer à développer les relations académiques et personnelles nouées au cours du programme.
Photo : Les étudiants de l’Université Internationale pour le Leadership Interculturel 2026 reçoivent leur diplôme de Jeunes Ambassadeurs du Dialogue Interculturel.